L’apprentissage par imitation est-il le propre de l’homme ?

L’homme n’apprend pas que par essais-erreurs, loin s’en faut : l’imitation du comportement d’autrui joue un rôle clef dans son éducation. Mais qu’en est-il chez l’animal ? Chez les primates, proches de nous, comme chez les perroquets, plus éloignés ? C’est cette question que tranchera un vaste projet européen, financé à hauteur de 1,34 million d’euros dans le cadre du programme NEST de soutien à la recherche visionnaire (‘New and Emerging Science and Technology’).

Ludwig Haber, spécialiste viennois du comportement, coordonnera le réseau de recherche. Son équipe a déjà montré que les ouistitis à toupet blanc (Callithrix jacchus) peuvent apprendre par imitation. En copiant le comportement de leurs congénères, les ouistitis s’épargnent de laborieuses tentatives et parviennent à réaliser rapidement des gestes complexes, tels qu’ouvrir des coffres contenant des friandises.

L’étude de kéas, perroquets des montagnes néo-zélandaises, pourraient fournir des renseignements intéressants quant à la dimension génétique de l’apprentissage social. L’imitation est-elle l’apanage des primates, tels que les hommes et les ouistitis ? Une espèce dotée d’un patrimoine génétique bien différent en est-elle capable ?

De son côté, à l’Institut allemand Max Planck pour les sciences cognitives et les neurosciences, Marcel Brass identifiera par neuro-imagerie les zones du cerveau activées lors de l’apprentissage social.

György Gergely et ses collaborateurs de l’Académie hongroise des sciences (Magyar Tudományos Akadémia) étudieront les relations entre imitation et développement chez l’homme. Ils poursuivront des travaux qui ont fait d’eux des spécialistes du développement intellectuel des jeunes enfants et qui les ont conduits à prouver que, chez le nourrisson de 12 mois, le processus d’imitation est déjà volontaire. En va-t-il de même chez l’animal ? L’imitation est-elle un comportement réflexe ou un acte conscient ? L’animal est-il capable de comprendre l’intention de son congénère lorsque celui-ci lui montre comment agir ?

La vérité serait intermédiaire, aux dires de Cecilia Heyes, professeur à l’Université College de Londres. Quatrième et dernière partenaire du projet EDICI (‘Evolution, Development and Intentional Control of Imitation’), Cecilia Heyes suggère que l’imitation est d’abord le résultat de mécanismes réflexes, associatifs, puis passe progressivement sous le contrôle de la conscience.

Pour en savoir plus :

  • Cecilia Heyes (2009). ‘Evolution, development and intentional control of imitation’, Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 364(1528):2293-2298, doi:10.1098/rstb.2009.0049
  • Ludwig Huber, Friederike Range, Bernhard Voelkl, Andrea Szucsich, Zsófia Virányi, Adam Miklosi (2009). ‘The evolution of imitation: What do the capacities of non-human animals tell us about the mechanisms of imitation?’, Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 364(1528):2299-2309, doi:10.1098/rstb.2009.0060
  • Ludwig Huber, Messerli Research Institute, Unit for Comparative Cognition, Donaufelderstraße 159, AT-1210 Wien, ludwig.huber@vetmeduni.ac.at
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SC 265
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Rédaction et première publication dans le cadre du Bulletin Électronique du Service Scientifique de l’Ambassade de France à Vienne et plus précisément dans le cadre du BE Autriche numéro 68 du 29 juillet 2005 (http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/29092.htm)

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